Boréal, de Sonja Delzongle

Une soirée sous la neige…

Nadia, une autre collègue de travail (savourant son thé): Merci de m’avoir accueillie chez toi. Avec la neige et ma voiture qui m’a complètement lâchée, j’ai cru que j’allais finir par dormir dans la librairie.
Moi (posant des couettes sur le canapé): Aucun soucis ! Je n’allais pas te laisser passer une soirée aussi lugubre. Tu vas voir, je vais te chouchouter.
(me retournant): Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi vous vous êtes là ? Vous habitez à 15 minutes d’ici à pied.
Catherine (buvant un chocolat chaud, avec le sourire): Je viens tenir compagnie à Nadia.
Liam (posant un bras autour des épaules de Catherine, avec le sourire): Je tiens compagnie à Catherine.
Chéri (voyant mon regard se poser sur lui): Euh, je vis ici. Je dis ça au cas où.
Mininous (en riant): C’était déjà prévu que mon pote dort ici ce soir.
Moi (poussant un soupir): Si jamais on se retrouve coincés ici, à cause de la neige, j’espère qu’il y’aura assez de nourriture pour tout le monde.

 

 

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AUTEUR: Sonja Delzongle
TITRE: Boréal
ÉDITEUR, ANNÉE: Denoël, 2018
NOMBRE DE PAGES: 444 pages.

 

 

 

 

 

 

Dieu merci, ce ne fut pas le cas ! Mais la soirée fut très agréable. On a d’ailleurs profité pour revoir un classique du cinéma qui nous avait pas mal effrayés plus jeunes, « The Thing » (celui de Carpenter, pas le remake, je précise… Et oui, je confirme, ce n’est pas un préquel mais un remake. Bref !). Je me suis toujours demandée qu’elle aurait été ma réaction face à une telle situation. Encerclés par la neige, avec des personnes dont vous ne connaissez même pas la moitié et cette menace que vous sentez approcher de vous… Voici « Boréal » de Sonja Delzongle.

Résumé:
« Janvier 2017, au Groenland. Là, dans le sol gelé, un oeil énorme, globuleux, fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C’est ainsi que huit scientifiques partis en mission de reconnaissance découvrent avec stupeur un boeuf musqué pris dans la glace. Puis un autre, et encore un autre. Autour d’eux, aussi loin que portent leurs lampes frontales, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetière. Pour comprendre l’origine de cette hécatombe, le chef de la mission fait appel à Luv Svendsen, spécialiste de ces phénomènes. Empêtrée dans une vie privée compliquée, et assez soulagée de pouvoir s’immerger dans le travail, Luv s’envole vers le Groenland. Ils sont maintenant neuf hommes et femmes, isolés dans la nuit polaire. Le lendemain a lieu la première disparition. »

Un huis clos, se déroulant au Groenland, lors de la nuit polaire et où l’on pouvait voir les personnages poussaient au bout de leurs limites face à une menace inattendue… Et cette question qui ne cesse pas de tourner dans ma tête: « Et moi, qu’aurais-je fait à sa place? »

Nous nous retrouvons donc avec Luv Svendsen, célèbre biologiste qui a centré ses recherches sur la disparition de plus en plus nombreuse d’espèces de la faune et de la flore. Après un événement douloureux, elle se voit l’opportunité de s’éloigner de tout cela pour rejoindre une mission au Groenland. Mais en arrivant dans le centre de recherche, la jeune femme sent que la tension est palpable. Et pour ne pas arranger les choses, il y’a la découverte de ses bœufs figés dans la glace, les traits marqués par la peur. Quelle en est la cause ?
Et puis, le cauchemar prend place...

A travers deux fils de récit qui s’alterne au début du roman, l’autrice met en place les différents protagonistes qui vont se retrouver piégés dans cet enfer blanc. Elle commence par les membres de l’équipe scientifique en esquissant le caractère de chacun. On apprend aussi leurs statuts au sein du groupe, ainsi que la raison de leurs participations. Puis l’autrice alterne avec le personnage de Luv Svendsen. On découvre alors une jeune femme d’une grande détermination qui n’a pas peur de se mesurer face aux grandes puissances concernant la disparition des espèces. Pourtant, elle n’est pas sans failles et se dévoile lorsqu’elle est confrontée à des drames familiaux.
Ce procédé est très pertinent de la part de l’autrice, car lors de la réunion de tous ces personnages et des terribles événements qu’ils vont devoir affronter, le lecteur ressentira immédiatement de l’empathie face à leurs détresses.

Mais ce serait réducteur de limiter la richesse du récit à ses protagonistes. Autour de l’intrigue, l’autrice tisse plusieurs thématiques fortes intéressantes:
– Nous avons celle de la disparition des espèces et de la fonte des glaces, deux des grandes problématiques de notre ère mais qui ne sont, hélas, pas assez prises en considération.
-Une autre disparition est aussi mise en avant, celle des habitants d’un village inuit qui semble être inspirée de l’histoire des « disparus du lac d’Angikuni » (qui est plus proche de la légende urbaine, mais je vous invite à découvrir tout de même). J’étais assez curieuse de voir comment l’autrice allait exploiter cet événement.
-Et dernier point, mais pas des moindres, il y’a la question de savoir quelles limites sommes-nous prêts à franchir afin de survivre…

« Et moi, qu’aurais-je fais à sa place? »

Après avoir fini le roman, cette question n’a pas cessé de tourner dans ma tête. Alors que je m’imaginais découvrir une intrigue proche de celle d’un certain épisode d’X-files (en « Glaglaska » comme dirait Homer Simpson), je me suis retrouvée dans une ambiance bien plus glauque et malaisante. Et je devenais ainsi témoin des choix pris par certains personnages pour survivre. Et moi ? Qu’elle aurait été ma réaction, si je me retrouvais dans un monde où toute humanité semble avoir disparu et que ma survie dépendrait des choix que je ferais, quitte à en perdre une partie de mon âme?

Et c’est là, la grande force de ce roman. L’autrice arrive à nous pousser à la réflexion tout en nous faisant frissonner devant une fatalité qui pourrait nous arriver si nous ne faisons pas attention… Et je peux vous assurer que ce n’est guère plaisant !

Le roman n’est pas pour autant exempt de faiblesse. Celle-ci se concentre surtout par les événements qui découlent des problèmes familiaux de l’héroïne et que l’autrice continue à nous relater en parallèle de ce qui arrive aux protagonistes. Je n’ai pas vu l’utilité de continuer ce fil récit qui, malheureusement, coupe notre immersion dans le huis clos. Je vous avoue même l’avoir survoler pour retourner au plus vite auprès de l’héroïne et de ses compagnons.

Conclusion:
Ce roman a-t-il répondu à mes attentes ? Je dirais que oui. Dans un style brut et sachant plonger le lecteur dans une ambiance oppressante, l’autrice nous offre un thriller assez efficace, qui aurait pu être meilleur sans la continuité du fil de récit se déroulant à Londres.

Je vous invite à votre tour de vous plonger dans « cet enfer blanc » et savoir si vous pourrez répondre à cette question:
« Et moi, qu’aurais-je fais à sa place? »

(Image venant du jeu Until Dawn )

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