La vraie vie, d’Adeline Dieudonné (#MRL18)

Echange de regard…

Chéri (buvant son café, puis posant son regard sur moi): Pourquoi me regardes-tu comme ça?
Moi (avec un petit sourire): Hum… Comme ça… (posant les deux mains sur la table, avançant mon visage près du sien et murmurant): Comme ça…
Chéri (posant son bol et le regardant droit dans les yeux sans un mot): …
Mininous (rentrant dans la cuisine et poussant un soupir): Oh non ! Pas encore le jeu du regard… Ça devient grave à votre âge !

 

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AUTEUR:
Adeline Dieudonné
TITRE: La vraie vie
ÉDITEUR, ANNÉE: L’Iconoclaste, 2018
NOMBRE DE PAGES: 265 pages.

 

 

 

 

Dans le cadre des « Matchs de la rentrée littéraire » organisés par Rakuten, j’ai lu un roman qui, deux mois après, me chamboule encore… Voici mon avis pour « La vrai vie » d’Adeline Dieudonné.

Résumé:
« Le Démo est un lotissement comme les autres. Ou presque. Les pavillons s alignent comme des pierres tombales. Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère, est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l arrivée du marchand de glace. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant. »

« La vraie vie »… Alors que mes doigts glissent sur les reliefs du titre, le poids de ses mots me semblent être lourds de sens. Sans vraiment me rendre compte, je respire un bon coup et je plonge à pieds joints dans « cette vie ».

Bien que leur maison soit la plus belle et la plus grande du lotissement, le foyer de la jeune narratrice n’a rien de fabuleux. Entre un père colérique décrit comme un « prédateur » et prêt à faire subir son courroux; une mère totalement effacée, décrite comme une « amibe » par sa fille et prenant bien plus soin de ses chèvres que de ses enfants; et Gilles, son petit frère… Son rayon de soleil dans ce quotidien étouffant. Puis, un jour, alors que la musique du marchand de glace résonne, la vie de la jeune fille, mais aussi celle de sa famille, va chavirer pour s’enfoncer de plus en plus dans la noirceur…

Ce roman fut un véritable « coup de poing » ! A la fin de ma lecture, j’étais quelque peu déboussolée, ne sachant pas à cet instant quels sont les sentiments qui m’étreignaient. J’avais même constaté avec surprise que je retenais presque ma respiration dans le dernier tiers du roman. Je vous avoue l’avoir posé face à moi et fermer les yeux un instant pour me reprendre. Aujourd’hui encore, en écrivant cette chronique, je ressens encore ce chamboulement…

Survivre… Survivre dans un foyer qui aurait dû être signe de sécurité, survivre sans compter sur l’aide de ses propres parents, survivre pour redonner le sourire à ce petit frère avant qu’il ne prenne le chemin du père… C’est dans cet état d’esprit que notre jeune héroïne, dont on ne connaîtra jamais le nom, va devoir grandir. Et nous, lecteur, nous nous retrouvons à notre tour plongés dans  cette ambiance oppressante et malaisante.

Installée avec finesse, l’autrice utilise des termes propres à la chasse pour bien nous faire comprendre le rapport de forces qui se joue dans cette famille. Le père est le prédateur, rôdant au sein du foyer et prêt à se jeter sur sa proie, la mère, pour assouvir sa colère primitive. Quant aux enfants, ils se terrent dans un mutisme et détournent le regard.
Mais au fil des années qui passent, gardant secret sa détermination de « sauver » son petit frère, elle va constater qu’elle devient peu à peu la cible du « prédateur ». Notre jeune héroïne usera de plusieurs stratagèmes et mensonges pour éviter, le temps qu’elle peut, la confrontation. Et quand le jour viendra, sa colère sera son guide…

Pourtant, malgré le contexte familial, notre jeune héroïne, en plus d’une grande force de caractère et de volonté, n’est pas dénuée de quelques touches d’humour et partage avec nous ses premiers émois amoureux. Ces moments sont des petites soupapes de liberté qui apaise la tension omniprésente.

Conclusion:

Et alors que j’arrive à la conclusion de ma chronique, je comprends enfin le chamboulement que j’ai eu.

A travers cette lecture, j’ai retrouvé ce sentiment de devoir nager de toutes ses forces dans des eaux troubles, gardant toujours d’un œil les vagues qui pourraient m’emporter dans les abysses et conserver l’espoir de sortir de cette « tempête ».

C’est pour cela que j’ai repris mon souffle à la fin de ce roman et c’est pour cette raison que je vous invite à le lire à votre tour.

(Image à la une de Yuri Shwedoff )

 

 

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